Un spectacle de flamenco sombre présenté à Cannes suscite la confusion, entre gothique espagnol et reboot de Batman
Ovations hésitantes et capes en cuir : Cannes confronté à un “flamenco néo-noir expressif”
Ce jeudi soir, la salle Debussy du Palais des Festivals a été plongée dans le silence perplexe d’une standing ovation à moitié assumée. L’objet du trouble ? « Sang & Sombra », performance de flamenco dystopique en clair-obscur dirigée par le chorégraphe catalan Néstor del Cuervo. Un spectacle qualifié par certains critiques d’“événement artistique majeur”, et par d’autres de “remake dansé de Batman Begins sur fond de castagnettes existentielles”.
« Le flamenco vit une mutation », affirme le metteur en scène, vêtu d’un justaucorps noir mat et d’un masque de tissu semi-translucide, « on ne peut plus danser la douleur andalouse sans l’inscrire dans la lutte contre la criminalité urbaine. »
Du tablao à Gotham : fusion ou confusion ?
Le spectacle s’ouvre sur une scène frappante : une gitane masquée descend d’un puits de lumière au ralenti, brandissant une rose fanée trempée dans du goudron. Elle entame un zapateado frénétique sur une musique mêlant percussions flamenca et sirènes de police new-yorkaises remixées par DJ Lúgubre (déjà connu pour sa mixtape “Sévillan Fatale Vol. 3”).
Au fond de la scène, un décor évoquant à la fois les ruelles de Séville et les toits de Gotham City baigne dans un halo bleu électrique. Un danseur surgit, vêtu d’une imposante cape de torero brodée d’une chauve-souris stylisée. Il tournoie lentement, distribuant des coups de talon sur les ombres projetées du Joker criant « Olé ».
“C’est un cri”, explique Néstor del Cuervo en conférence de presse. “Un cri contre l’indifférence. Et un pas de côté contre le rythme binaire des normes sociales.”
Critiques partagés entre fascination et léger traumatisme rétinien
La presse internationale hésite : chef-d’œuvre ou crise artistique sous stéroïdes ? Le quotidien El País salue “une Carmen venue des ténèbres”, tandis que The Guardian parle d’un spectacle qui “fait pour le flamenco ce que Twilight a fait pour la littérature vampire : beaucoup de bruit, beaucoup de cuir, et personne ne comprend vraiment la métaphore”.
Petit succès auprès d’un public jeune, notamment sur TikTok, où le #Batmenco cumule déjà 3,2 millions de vues, notamment grâce à une séquence virale où une bailaora feint une descente en rappel depuis la scène en récitant un poème de Lorca dans une voix caverneuse à la Christian Bale.
Réactions contrastées dans le public — entre ravissement et fuite instinctive
Interrogée à la sortie, une festivalière suisse confie dans un souffle ému : « J’ai adoré. Je n’ai rien compris, mais j’ai adoré. C’était… profond, je crois. Peut-être politique. Ou bien spirituel ? En tout cas il y avait de la fumée ».
Un autre spectateur, plus pragmatique, déclare : « J’étais venu voir une projection de Pedro Almodóvar, je me suis retrouvé dans une sorte de Batman Returns inversé en castagnettes. J’ai pas osé sortir, ils fermaient les portes quand ça a commencé à pleuvoir sur scène ».
Un pas de danse pour l’humanité
Néstor del Cuervo assume fièrement la radicalité de sa démarche : “Je veux danser la noirceur du monde. Le flamenco est né dans la peine, il est temps qu’il explore l’ombre portée du capitalisme post-cinématographique.”
Des rumeurs insistantes affirment qu’un projet de tournée internationale serait déjà en préparation, avec des arrêts à Berlin, Kyoto et Gotham City si Bruce Wayne accepte de sponsoriser le spectacle.
Interrogé sur une potentielle suite, le chorégraphe reste évasif : « J’y songe. Peut-être une tragédie grecque urbaine. Antigone dans les catacombes du métro madrilène. Avec des LED. »
A Cannes, une chose est sûre : cette nuit, la lune s’est levée sur un tablao. Et elle portait un masque.




